J’aime la (vraie) fourrure, et alors ?

Et alors… la question n’est pas si simple !

Bonjour à tous, je reçois souvent des messages me questionnant sur ma position concernant la vraie fourrure, souvent de la part de personnes anti-fourrure, mais qui sont par bonheur généralement ouvertes à la discussion. Je me suis dit que cet article permettrait de préciser ma vision des choses.

Pourquoi ceux qui aiment la fourrure… aiment la fourrure ?

Il me semble utile de commencer par une précision, le FourrureClub réunit les amateurs de fourrure depuis l’année 2000. Tous les amateurs de fourrure, et de toutes sortes de fourrures. Avec ces années, j’ai rencontré toutes sortes de “profils” et deux grandes familles en ressortent :

  • Des personnes qui portent de la fourrure comme n’importe quel autre vêtement pour son côté pratique ou à la mode. Simplement ils aiment la fourrure parce que c’est doux au toucher et que ça tient chaud (je simplifie, mais c’est l’idée de base).
  • Des personnes qui aiment le contact de la fourrure sur leur peau, parce que ça leur procure des sensations agréables et sensuelles. Elles aiment aussi voir (et toucher) une personne qui porte de la fourrure, dans une situation érotique ou sexuelle.

On a donc, en gros, deux profils, pour généraliser : l’aspect mode d’un côté, et l’aspect sensuel de l’autre. Ces deux façons d’aimer la fourrure ne sont pas incompatibles, naturellement, preuve en est, c’est mon cas. Une nouvelle fois, je simplifie à l’extrême, loin de moi l’idée de mettre les gens dans des cases, moi y compris.

Et dans chacun de ces profils, il y a une infinité de façons d’apprécier la fourrure, que ce soit sous la forme d’accessoires de mode, de vêtements, d’accessoires de déco d’intérieur… les applications de la fourrure sont très nombreuses.

La vraie fourrure, c’est le mal ?

Les anti-fourrure répondront immédiatement que oui, la vraie fourrure, c’est le mal. En tant que pro-fourrure, ma position n’est pas celle là, et en même temps je tiens à y apporter une nuance. Je vois trois mondes différents en ce qui concerne la fourrure :

Le monde du luxe, tout y est rare et cher, il cible les personnes aux plus hauts revenus en proposant des fourrures de luxe (chinchilla, zibeline, vison, etc.) avec des coupes très recherchées, des teintes originales, et des techniques d’assemblage de très haut niveau. Clairement, ça n’est pas mon monde. J’attends de pouvoir me promener dans la nature avec une fourrure, me coucher dans l’herbe le soir pour regarder les étoiles, la fourrure de luxe n’a pas cette vocation. J’ai beau être pour la fourrure, la vraie, je suis totalement étranger à ce monde du luxe et je n’y retrouve aucune de mes valeurs écologiques ou humaines (trop d’élitisme, trop de superficialité…).

Le monde de la consommation de masse : s’appuyant sur les modes imposées par les défilés de haute couture et de prêt-à-porter, les marques que l’on trouve dans nos galeries commerciales s’attachent à suivre les modes en les rendant accessibles à tous. Elles permettent à tout un chacun de s’offrir la parka à capuche bordée de fourrure vue sur les épaules de telle star ou telle chanteuse en vue. Si un accessoire en fourrure est à la mode sur les podiums, ces marques feront le nécessaire pour que vous puissiez l’avoir, mais à moins cher. La plupart du temps ça se fera sur une économie de matière (fausse fourrure de qualité pitoyable, vraie fourrure produite dans des conditions terribles pour les animaux), sur une économie de coûts de production (je ne détaille pas les conditions de travail dans pas mal de pays), sur une économie de coûts dans le circuit de distribution (conditions de travail et salaires dans les boutiques). Ici encore, je ne m’y reconnais pas

Le monde de la débrouille : bienvenue dans les recycleries, vides-greniers, leboncoin, ebay et autres ! On est ici sur le marché de la deuxième main, voire troisième et plus, d’ailleurs. La vraie fourrure est un matériau incroyablement solide et durable, pour rappel, la fourrure c’est des poils sur du cuir. Et le cuir, c’est pratiquement increvable ! Certes, celui qui porte la fourrure est souvent mince, mais il peut tout de même être découpé et recousu à l’envi. Réparé, rafistolé, re-taillé, ajusté et customisé de toutes sortes de façons, c’est un matériau noble et infiniment écologique du fait des possibilités infinies de réutilisation.

 

Et c’est précisément là que j’aime la vraie fourrure ! Celle qu’on trouve sur ce marché de l’occasion est souvent très peu chère, elle s’inscrit dans une réelle démarche de valorisation de l’existant. Des animaux ont été exploités pour les créer, c’est certain, mais des années, voire des dizaines d’années après, ces fourrures sont encore là, et encore pleinement utilisables.

J’y ajoute une démarche humaine : du côté des vendeurs, il est toujours très bon de faire du vide, du tri, dans ses penderies, tout en gagnant quelques euros. Du côté des acheteurs, c’est fantastique de pouvoir faire de bonnes affaires, trouver LA fourrure qui va alimenter un futur projet de couture, celle qui ne plait plus à son actuel propriétaire, mais qui vous fait craquer, vous ! La somme des deux peut donner des rencontres formidables. J’ai ainsi des dizaines d’histoires personnelles de rencontres très sympa entre vendeurs et acheteurs de fourrures.

Et la souffrance animale, dans tout ça ?

Je vis à la campagne depuis toujours, écolo convaincu et pratiquant, soucieux de réduire mon empreinte au maximum sur l’environnement, à titre personnel, je n’achète que des fourrures de seconde main, jamais de neuf. Et j’incite chacun à en faire autant. La terre souffre déjà bien assez de la production intensive en tout genre pour éviter d’en rajouter.

De tout temps, l’humain a utilisé les animaux comme ressource (cuir, fourrure, viande, os, etc.). Seulement, le monde “moderne” est passé par là, et c’est là que ça a cafouillé… J’attire l’attention de chacun sur la nécessaire responsabilité que nous avons. C’est valable pour la fourrure, mais pas que. Un tshirt 100% coton à 2 €, un pull à 10 €, des chaussures à 15 €, de la viande de boeuf à 10 €/kg, etc, il faut bien comprendre que ça n’est pas normal d’avoir tout, tout le temps, pour pratiquement rien. Ça ne peut pas être un modèle sociétal d’avenir que de vouloir en permanence consommer au rabais.

Pour illustrer mon propos, la grande mode cet hiver, c’était les parkas à capuche bordée de fourrure. J’en ai une. Entièrement doublé renard. Sauf que je l’ai cousue moi même, uniquement avec de la récup (parka militaire d’occasion et fourrure issue d’une veste en renard des années 80 achetée sur Ebay Allemagne), le tout pour une centaine d’euros, et voilà le résultat :

Quand je vois dans les galeries commerciales des parkas dont on veut tirer le prix vers le bas en mettant à tout prix de la fourrure (pour pouvoir en vendre des tonnes), quitte à n’avoir aucune notion de ce que c’est comme animal (pratiquement aucune étiquette ne le précise), quitte à ne mettre que de fines bandelettes qui ne veulent plus rien dire, quitte à ne pas savoir d’où vient la fourrure… Là je demande où est l’éthique, où est le progrès humain.

Permettre à tout le monde de s’offrir un “luxe” à prix réduit ? Quitte à tuer des animaux pour en faire un profit maximum en produisant des vêtements franchement de la pire qualité ? Je ne parle même pas de la confusion vraie / fausse fourrure, entre les magasins qui mettent du vrai étiqueté “faux”, des photos sur les sites qui montrent du vrai et vendent du faux… le marché n’est pas clair !

Ma pensée est que oui, la fourrure est un produit qui n’est pas plus honteux que la consommation de poisson, l’abattage d’arbres, la transformation d’un porc en saucisses, l’utilisation du cuir pour faire un canapé, etc. Mais il est inacceptable que cette “tradition” humaine se fasse au détriment de l’éthique, de l’écologie, du respect de l’homme, de l’animal et de la nature, ceci au nom de la démocratisation et de l’accès à tous.

Alors on fait quoi ?

Soyons clairs, mon message n’est pas non plus de dire “la fourrure doit rester rare, donc un produit cher, donc un produit de luxe réservé aux riches“… j’en appelle juste à un peu de conscience de chacun. Je sais, la tâche est rude. Voilà pourquoi je prône la récup, la réutilisation, le “do it yourself”, l’échange, le don, le troc, l’occasion. J’en appelle à une consommation plus logique, plus responsable et plus consciente.

Chacun peut aussi se former à mieux connaitre la fourrure, pour mieux acheter, mieux vendre, c’est notamment pour cette raison que j’ai créé des guides sur la fourrure pour aider chacun à identifier une fourrure, en estimer le juste prix, la revendre correctement… Et d’autres vont être prochainement ajoutés, sur la base des questions qu’on me pose le plus souvent.

Là dessus, le sujet reste ouvert à discussion, chacun a sa façon d’apprécier la fourrure, chacun a ses fourrures de prédilection, qu’elles soient vraies ou fausses. Mon message est qu’il est possible ET d’apprécier la fourrure ET d’essayer de s’inscrire au maximum possible dans une démarche éco-responsable, et je reste à ce sujet en veille constante sur le sujet pour essayer de faire évoluer mes habitudes, je reste donc ouvert à toute remarque, suggestion, conseil…

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Par | 2017-10-02T21:39:50+00:00 juillet 8th, 2017|Amour de la fourrure, Connaitre la fourrure|4 Commentaires

À propos de l'auteur :

Depuis tout jeune, j’ai une passion pour la fourrure, elle me fait ressentir un grand bien-être. un sentiment de sensualité et de douceur. J'ai créé le FourrureClub pour permettre à tous les amateurs de fourrure de trouver un lieu de discussion libre, ouvert, sympathique et 100% indépendant, leur permettant de venir partager ce qu’ils aiment, leurs expériences, leurs vécu, leurs questions, leurs envies…

4 Commentaires

  1. Pigeons1967 10 juillet 2017 à 7h54 min- Répondre

    Merci pour se belle article
    Vive la fourrure

  2. Oufti 15 août 2017 à 20h16 min- Répondre

    Très bel article, Matt… Il résume bien ce que je pense et vit par rapport à la fourrure…même s’il m’arrive de rêver devant le magasin d’un fourreur de luxe… Mais rêver uniquement, c’est une façon de “posséder” sans débourser, de faire ce que je veux avec la fourrure rêvée, de la revêtir par l’imagination…

  3. Fetish-cat 29 octobre 2017 à 11h35 min- Répondre

    Merci et bravo pour cet excellent article et je rejoins Oufti pour dire qu’il résume très bien de ce que je pense de la fourrure et de la consommation en général.

  4. kim 18 septembre 2018 à 14h09 min- Répondre

    Bien sûr, acheter de la fourrure recyclée, c’est louable, et mon côté radin ne m’engage pas non plus à payer 10 ou 20 000 euros pour un manteau, il y a mieux à faire avec son argent !
    Mais si tout le monde a le même raisonnement et que plus personne n’achète de fourrure neuve, sachant que la durée de vie d’une fourrure oscille entre 10 et 50 ans, il n’y aura plus non plus de fourrure de seconde main dans 50 ans… 🙁
    Bref, comme en toutes choses, il faut un juste milieu. Il y a suffisemment de boutiques réelles ou virtuelles qui proposent des fourrures neuves labellisées “OA” à un prix abordable ou accessible. Un peu de neuf, un peu d’ancien, beaucoup de vigilence, voilà une recette équilibrée et gagnante.

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